H. H. Holmes : le « château des meurtres », entre dossier judiciaire et légende
†Serial Killers & Criminels
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H.H.Holmesle « château des meurtres », entre dossier judiciaire et légende

Le bâtiment de Chicago a nourri un mythe durable.Les archives permettent d'établir un nombre limité de meurtres, pas l'usine à tuer décrite par la presse jaune et la fiction.

Dans le dossier H. H. Holmes, un objet dit presque tout. Une petite toupie et un bonhomme en fer-blanc, achetés à l'Exposition universelle de Chicago par un père pour son fils, retrouvés à l'été 1895 dans une maison vide d'Irvington, près d'Indianapolis. C'est la seule trace de la grande foire de 1893 dans l'enquête. Le garçon s'appelait Howard Pitezel, et ses dents étaient dans la cheminée.

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La légende a retenu autre chose : un hôtel-labyrinthe planté près de la foire, des chambres à gaz, des trappes, des toboggans vers un crématoire, deux cents touristes avalés. Les archives racontent un homme moins spectaculaire et plus ordinaire dans sa cruauté. Holmes ne chassait pas des inconnus : il tuait dans son carnet d'adresses. Une maîtresse et sa fille, une secrétaire, deux sœurs, un associé et trois de ses enfants, morts parce qu'ils valaient de l'argent ou qu'ils en savaient trop.

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Et ce n'est pas une enquête pour meurtre qui l'a fait arrêter. C'est une compagnie d'assurances qui voulait récupérer son chèque.

CE QUE LES ENQUÊTES PERMETTENT D'ÉTABLIR
9
VICTIMES

Huit meurtres confirmés et un probable, contre 27 revendiqués dans une confession vendue aux journaux

H. H. Holmes lors de son incarcération à Philadelphie en 1895

H. H. Holmes lors de son incarcération à Philadelphie en 1895

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Photographie judiciaire d'identité d'Herman Webster Mudgett, alias H. H. Holmes, prise à Philadelphie en 1895.

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Un château plein de meubles impayés

L'escroc commence en blouse blanche. Diplômé de médecine de l'université du Michigan en 1884, il reconnaîtra plus tard avoir déjà, étudiant, escroqué des assureurs avec des cadavres. En 1886, il arrive à Chicago, s'y fait appeler Holmes et entre à la pharmacie d'Elizabeth Holton, dans le quartier d'Englewood. Il finit par la racheter.

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En face, à partir de 1887, il fait bâtir un immeuble. Deux étages d'abord, des boutiques en bas, des logements loués à l'année au-dessus. Mais Holmes ne paie personne : dès 1888, les architectes et un fournisseur d'acier le traînent en justice, et le chantier s'enlise dans les disputes avec les constructeurs.

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En 1892, il ajoute un troisième étage, présenté aux investisseurs comme un hôtel pour l'Exposition qui approche. Selon l'historien Adam Selzer, cet étage n'a jamais été ni terminé, ni meublé, ni ouvert au public. Les fameuses pièces secrètes, elles, ont bien existé : elles servaient à cacher aux créanciers les meubles achetés à crédit qu'il n'avait aucune intention de régler. Le château des meurtres était d'abord un garde-meubles pour fournisseurs floués.

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Les chambres à gaz, les toboggans et le crématoire viennent de la presse à sensation de 1895, et aucun ne résiste au dossier. Ce qui reste est plus froid : Holmes faisait bien commerce de squelettes, et un monteur de squelettes de Chicago a reconnu en avoir assemblé trois pour lui. Quant aux deux cents touristes, ils ne sortent d'aucune enquête ; on n'a aucune preuve qu'il ait tué un seul visiteur de l'Exposition dans ses murs.

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La légende a eu une seconde jeunesse, plus d'un siècle après. En 2003, Erik Larson publie The Devil in the White City, qui entrelace la construction de l'Exposition et les crimes de Holmes ; relié puis en poche, le livre passe plus de trois ans dans les listes des meilleures ventes du New York Times. Le critique de Newsweek Malcolm Jones a relevé que les chapitres décrivant les meurtres sont « de pures conjectures bâties sur une poignée de faits », ce que l'auteur ne reconnaît que dans les notes en fin de volume. C'est par ce récit, plus que par le dossier, que la plupart des lecteurs d'aujourd'hui ont rencontré Holmes.

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L'immeuble a brûlé en partie en août 1895, en pleine fièvre médiatique. Il a pourtant survécu à sa légende, et il est resté debout jusqu'à sa démolition, en 1938.

L'ANNÉE OÙ LE « CHÂTEAU » A ÉTÉ DÉMOLI
1938

Endommagé par un incendie en août 1895, l'immeuble est resté en usage plus de quarante ans

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Ceux qui lui faisaient confiance

Julia Conner a une liaison avec Holmes ; son mari s'en va, elle garde leur fille, Pearl. La mère et l'enfant disparaissent à Noël 1891. Holmes en donnera plusieurs versions, avant d'affirmer que Julia est morte d'un avortement qu'il pratiquait et qu'il a empoisonné la petite. Des restes d'enfant seront retrouvés dans sa cave.

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Emeline Cigrand, vingt-trois ans, devient sa secrétaire en mai 1892. En décembre, elle disparaît. À sa famille, on annonce qu'elle est partie se marier avec un certain « Robert Phelps ».

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Minnie Williams, ancienne actrice, possède un terrain à Fort Worth, au Texas. Holmes l'engage comme sténographe, puis lui fait signer l'acte de propriété au nom d'un « Alexander Bond », l'un de ses faux noms. En juillet 1893, en pleine Exposition, sa sœur cadette Nannie écrit qu'elle part pour l'Europe avec « frère Harry » — Holmes, que les deux sœurs appelaient ainsi. On ne reverra ni l'une ni l'autre ; Holmes, lui, se servira encore du nom de Minnie pour ses escroqueries.

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Le schéma ne varie pas. Elles lui confient leur travail, leur vie ou leurs biens, puis elles disparaissent, et Holmes a toujours une explication à donner aux familles.

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Benjamin Pitezel, un mort à 10 000 dollars

Benjamin Pitezel était le complice des escroqueries de Holmes, et il buvait. En 1894, les deux hommes montent leur plus beau coup : assurer la vie de Pitezel pour 10 000 dollars à la Fidelity Mutual Life Association de Philadelphie, puis simuler sa mort. Pitezel s'installe au 1316 Callowhill Street, sous une enseigne de marchand de brevets au nom de « B. F. Perry ».

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Holmes juge plus simple de la rendre vraie. Le 2 septembre 1894, il tue son associé, puis brûle le corps pour faire croire à un accident. On le découvre deux jours plus tard ; le médecin du coroner sent le chloroforme dans l'estomac, mais l'inconnu est enterré comme « Perry » à la fosse commune. Sa fille Alice, quatorze ans, est conduite à Philadelphie pour identifier le corps exhumé de son père. L'assureur paie, et un avocat encaisse pour la famille.

LA VIE ASSURÉE DE BENJAMIN PITEZEL
10 000
DOLLARS

La compagnie a versé 9 715,85 dollars à l'avocat de la famille, avant de soupçonner la fraude

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Ce qui perd Holmes, ce n'est pas un cadavre : c'est sa langue. Emprisonné quelques jours à Saint-Louis pour une autre escroquerie, il a raconté son plan à un braqueur de trains, Hedgepeth, qui le dénonce par lettre. L'assureur a son propre service d'enquête, il loue les Pinkerton, et le 17 novembre 1894, Holmes est arrêté à Boston. Sur un télégramme de Fort Worth, pour vol de cheval.

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Devant l'envoyé de l'assureur, Holmes lève les bras : il se doutait bien qu'on le voulait à Philadelphie pour la Fidelity, et non au Texas « pour l'affaire du cheval ». Il n'avait aucune envie de revoir Fort Worth, où, notera l'inspecteur Frank Geyer, voleurs de chevaux et escrocs recevaient de la population une attention « beaucoup plus expéditive ». Entre l'assureur et le lynchage, il a choisi l'assureur. En juin 1895, il plaide coupable de fraude. L'affaire Pitezel est alors une affaire d'argent, et personne ne cherche encore trois enfants.

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Les lettres qui ne sont jamais parties

Il faut revenir avant l'arrestation. À l'automne 1894, Holmes avait obtenu de Carrie Pitezel qu'elle lui confie trois de ses cinq enfants, Alice, Nellie et Howard. Pendant des semaines, il les promène de Cincinnati à Indianapolis, de Detroit à Toronto, pendant que leur mère voyage de son côté avec le bébé et l'aînée, logée ailleurs, sans jamais les croiser.

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Les filles écrivent. Nellie a vu « deux grandes autruches vivantes » et demande pourquoi les bisons ont de gros anneaux dans le nez. Alice vient de finir La Case de l'oncle Tom, « un beau livre ». À Indianapolis, une hôtelière qui ne parlait pas anglais les trouvait souvent en larmes dans leur chambre ; elle les croyait orphelines. Ces lettres, les enfants les confiaient à Holmes pour qu'il les poste. À son arrestation, on en trouve dix ou douze dans une boîte en fer-blanc.

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En juin 1895, le procureur envoie un inspecteur de la police de Philadelphie, Frank Geyer, retrouver les enfants. Il refait le trajet ville par ville, une photographie à la main, d'un registre d'hôtel à l'autre ; son livre parlera de « neuf cents pistes » épuisées. Le 15 juillet, à Toronto, dans la cave du 16 St. Vincent Street, il déterre Alice et Nellie. Dans la confession qu'il vendra aux journaux, celle-là même où l'on retrouvera des « morts » bien vivants, Holmes dit les avoir enfermées dans une grande malle reliée à une conduite de gaz.

« Il était ainsi prouvé, écrit Geyer, qu'on ne peut pas, en ce temps-ci, assassiner de petits enfants sans que cela finisse par se découvrir. »
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Le 27 août, à Irvington, il démonte le bas d'une cheminée et passe la suie dans une vieille moustiquaire. Il en sort une dentition presque complète et un morceau de mâchoire. Carrie Pitezel reconnaît le manteau de son fils, qu'elle avait reprisé, puis la toupie et le bonhomme en fer-blanc qu'elle avait elle-même rangés dans la malle des enfants.

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Vingt-sept meurtres, prix de gros

Le procès s'ouvre à Philadelphie en octobre 1895, et il ne porte que sur Benjamin Pitezel. Holmes est reconnu coupable et condamné à mort. Il lui reste à vendre ce qu'il a de plus précieux : son histoire.

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Les journaux de Hearst la lui achètent 7 500 dollars. Holmes y revendique vingt-sept meurtres, à Chicago, Indianapolis et Toronto, et six tentatives. On en vérifie quelques-uns : certains « morts » se portent très bien, comme une certaine Kate Durkee. Moins de 300 dollars le meurtre, résurrections comprises. En prison, il écrit aussi : « Je suis né avec le diable en moi. »

LE PRIX DE SA CONFESSION
7 500
DOLLARS

Payés par les journaux de Hearst pour 27 meurtres revendiqués, dont certaines « victimes » étaient vivantes

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Le 7 mai 1896, à la prison de Moyamensing, le diable change de version. Sur l'échafaud, Holmes se dit innocent de la mort de tous les Pitezel. Il n'avoue que deux femmes, mortes d'une « opération criminelle » de sa main ; les journaux nomment Julia Conner et Emeline Cigrand. Vingt-sept meurtres quand on le payait, deux gratuitement, et pas celui pour lequel on le pendait.

CE QU'UN JOURNAL A COMPTÉ, ET QUE D'AUTRES CONTESTENT
15
MINUTES

Nuque non brisée, des convulsions pendant une dizaine de minutes, la mort constatée quinze minutes après l'ouverture de la trappe, selon le Pottsville Republican du 7 mai 1896 ; d'autres journaux du même jour écrivent l'inverse

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Il avait peur des voleurs de cadavres. Son cercueil est noyé dans le béton, à trois mètres sous terre, au cimetière Holy Cross de Yeadon. L'homme qui faisait monter des squelettes pour les vendre a pris ses précautions pour qu'on ne vende pas le sien. La rumeur de sa survie a couru plus d'un siècle, jusqu'en 2017 : à la demande de ses descendants, une équipe du musée de l'université de Pennsylvanie l'exhume, et les dents confirment que c'est bien lui.

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Ce que la légende a effacé

Le château a sa légende, ses trappes et ses fantômes par centaines. Les victimes ont à peine une ligne. Elles s'appelaient Julia et Pearl Conner, Emeline Cigrand, Minnie et Nannie Williams, Benjamin, Alice, Nellie et Howard Pitezel.

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Holmes a aussi son titre : « le premier tueur en série américain ». Aucun tribunal ni aucun historien ne le lui a décerné ; l'étiquette circule au moins depuis 1994, sous-titre d'un livre de poche de Harold Schechter, Depraved, paru un siècle après les faits. Une encyclopédie de référence, en 2024, ne le dit premier que « sans doute », et seulement parmi les tueurs « bien documentés ». L'historien Adam Selzer, qui lui attribue au moins neuf morts, voit dans le meurtre de Julia Conner non une soif de sang, mais une « part nécessaire » de ses escroqueries.

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Ce qui les a perdues n'était pas un labyrinthe : c'était la confiance, dans un pays où un homme pouvait changer de nom à chaque gare. Ce qui l'a perdu, lui, c'est un assureur qui comptait ses dollars, un braqueur de trains qui parlait trop et un inspecteur qui a suivi, ville après ville, la trace de trois enfants.

✦Le mot de la fin

HHHolmes n'a jamais tenu d'hôtel-labyrinthe pour les touristes de l'Exposition : cet escroc a tué au moins huit personnes qui lui faisaient confiance, pour un bien, une assurance ou un silence, et c'est un assureur, pas une enquête pour meurtre, qui l'a fait arrêter

L'essentiel en 5 questions-clés

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