La mort dans le règne animal : infanticide, sacrifice et nécrophilie — la nature est sans pitié
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σBiologie de la Mort
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Lamort dans lerègne animalinfanticide, sacrifice et nécrophilie — la nature est sans pitié

Cannibalisme intra-utérin, infanticide sélectif et matriphagie : la sélection naturelle n'a aucune morale.Analyse éthologique et évolutive de la prédation intra-spécifique et des stratégies reproductives extrêmes.

L'être humain moderne s'est forgé une fiction consolante : celle d'une nature bienveillante, d'un équilibre écologique harmonieux où chaque espèce coexisterait dans une sérénité pastorale troublée uniquement par la brutalité de la civilisation industrielle. Les documentaires animaliers grand public renforcent ce mirage en adoucissant les prédations, en coupant au montage les agonies trop longues et en prêtant aux prédateurs des sentiments de noblesse ou de maternité universelle.

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Cette vision romantique est une imposture cognitive totale. Vue à travers le prisme impitoyable de la biologie de l'évolution et de l'éthologie contemporaine, la nature n'est ni noble, ni sage, ni paisible : c'est un abattoir perpétuel sans anesthésie, une arène thermodynamique aveugle gouvernée par un unique impératif mécanique — la propagation égoïste des allèles génétiques à travers les générations. Dans cette course aux armements darwinienne, la souffrance des individus ne pèse rien. La sélection naturelle ne récompense ni la compassion ni la férocité pour elles-mêmes : elle retient n'importe quel comportement, même le plus féroce, dès lors qu'il augmente, même d'une infime fraction, le succès reproductif d'un génotype.

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Du fratricide intra-utérin des fonds marins à l'infanticide méthodique des savanes africaines, autopsie clinique des mécanismes par lesquels le règne animal déploie une cruauté fonctionnelle qui n'a rien à envier à l'imagination humaine.

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L'infanticide sélectif :le calcul froid du renouvellement génétique

Dans le Serengeti tanzanien, lorsqu'une nouvelle coalition de lions mâles adultes parvient à évincer les anciens dominants à l'issue d'un combat territorial sanglant, la première mesure prise par les vainqueurs ne relève pas de la célébration : c'est une purge méthodique.

Deux lions mâles adultes à crinière, probablement frères, au repos dans le cratère du Ngorongoro, en Tanzanie · James Wagner, Wikimedia Commons (CC BY-SA 4.0)

Deux lions mâles adultes à crinière, probablement frères, au repos dans le cratère du Ngorongoro, en Tanzanie

James Wagner, Wikimedia Commons (CC BY-SA 4.0)

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Les lionceaux trop jeunes pour fuir sont tués, en général d'une morsure au crâne ou à la nuque ; les plus grands sont chassés de la troupe. Les mères tentent souvent de s'interposer, et y laissent parfois la vie.

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Les recherches au long cours menées par le biologiste américain Craig Packer (Université du Minnesota), qui a suivi les lions du Serengeti pendant plus de trente ans, ont montré que cet infanticide n'est ni une aberration ni un accès de folie : c'est un calcul reproductif :

  • ▸Une lionne qui élève ses petits ne se reproduit pas : il s'écoule environ deux ans entre deux portées.
  • ▸Une coalition de mâles ne reste le plus souvent que deux à trois ans à la tête d'une troupe avant d'être renversée.
  • ▸Si le nouveau mâle dominant laissait vivre les petits de son prédécesseur, la femelle ne redeviendrait fertile qu'au moment où son propre règne toucherait à sa fin. Il consacrerait son énergie à protéger une progéniture qui ne porte pas ses gènes et n'aurait jamais le temps de transmettre les siens.
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    En tuant les petits, le nouveau dominant interrompt l'allaitement : en quelques semaines, les femelles redeviennent réceptives et s'accouplent avec les meurtriers de leur précédente portée. Selon les données d'Anne Pusey et Craig Packer, l'infanticide explique environ un quart des morts de lionceaux au cours de leur première année.

    MORTS DE LIONCEAUX DUES À L'INFANTICIDE
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    SUR 4

    Un nouveau mâle règne deux à trois ans, une lionne attend deux ans entre portées : tuer les petits la remet en chaleur en quelques semaines, observent Pusey et Packer

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    Ce comportement n'est pas l'apanage des félins. On le retrouve chez les langurs d'Hanuman en Inde — où la primatologue Sarah Hrdy l'a interprété en 1974 comme une stratégie reproductive, contre l'avis dominant de l'époque —, chez les chevaux sauvages, chez les ours bruns et chez les grands dauphins (Tursiops truncatus), où l'on a trouvé des nouveau-nés tués par des adultes à coups de rostre.

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    L'Adelphophagie :le carnage intra-utérin du Requin-taureau

    Si l'infanticide des mammifères choque notre sensibilité morale, le requin-taureau (Carcharias taurus) repousse les frontières du cannibalisme en déplaçant le champ de bataille à l'intérieur même de l'utérus maternel.

    Requin-taureau (Carcharias taurus) à l'aquarium de Floride · MatthewHoobin, Wikimedia Commons

    Requin-taureau (Carcharias taurus) à l'aquarium de Floride

    MatthewHoobin, Wikimedia Commons

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    La femelle du requin-taureau possède deux utérus distincts. Elle s'accouple souvent avec plusieurs mâles, et chaque utérus reçoit de nombreux œufs fécondés, parfois par des pères différents. Mais la gestation ne donne naissance qu'à deux requins au total — un par utérus.

    PAR PORTÉE DE REQUIN-TAUREAU
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    PETITS

    Un par utérus, sur de nombreux œufs fécondés : le premier armé de dents a mangé ses frères, et naît à près d'un mètre, déjà chasseur

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    Ce qui se déroule dans l'obscurité de l'utérus maternel est un massacre biologique connu sous le nom d'adelphophagie (du grec adelphos, frère, et phagein, dévorer) :

  • 1.Le premier embryon à atteindre une dizaine de centimètres développe déjà des dents.
  • 2.Sans placenta pour le nourrir, il nage dans l'utérus et dévore ses frères et sœurs plus jeunes.
  • 3.Une fois les autres embryons mangés, la mère continue de produire des œufs non fécondés que le survivant engloutit (oophagie).
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    Une étude génétique publiée en 2013 dans Biology Letters par Demian Chapman et son équipe a montré que ce cannibalisme élimine une partie des pères : les femelles s'accouplent souvent avec plusieurs mâles, mais les deux petits nés ont moins de pères différents qu'il n'y avait d'embryons au départ. L'avantage revient vraisemblablement aux mâles qui se sont accouplés les premiers. La concurrence entre mâles se règle donc dans l'utérus, avant la naissance.

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    À la naissance, après huit à douze mois de gestation, le requin mesure déjà près d'un mètre, avec l'expérience d'un prédateur : il a déjà chassé.

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    Le sacrifice sexuel :le mâle comme apport protéique post-copulatoire

    Chez certains arthropodes, l'accouplement ne ressemble en rien à une parade amoureuse : c'est une transaction alimentaire létale où le mâle peut payer la transmission de ses gènes de sa propre vie.

    Femelle d'araignée à dos rouge (Latrodectus hasselti) · Robertwhyteus, Wikimedia Commons

    Femelle d'araignée à dos rouge (Latrodectus hasselti)

    Robertwhyteus, Wikimedia Commons

    ▸L'araignée à dos rouge (Latrodectus hasselti) : le grand saut dans la mort

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    Chez cette cousine australienne de la veuve noire, le dimorphisme sexuel est extrême : le mâle est minuscule et ne pèse qu'environ 1 à 2 % de la masse de la femelle. Pour s'accoupler, le mâle doit s'approcher avec des précautions infinies de la toile de la femelle pour ne pas être confondu avec une proie ordinaire.

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    Mais une fois parvenu sur l'abdomen de sa partenaire, le mâle accomplit un geste étonnant, étudié en détail par la biologiste Maydianne Andrade : un véritable saut périlleux.

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    Pendant qu'il insère son pédipalpe (organe copulateur) dans l'orifice génital de la femelle, le mâle bascule son corps à 180 degrés vers l'avant, plaçant délibérément son abdomen directement entre les chélicères de la femelle. Dans la majorité des cas, elle commence à le dévorer pendant que l'accouplement se poursuit.

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    Pourquoi un tel suicide ? Les travaux d'Andrade, publiés dans Science en 1996, en ont montré le bénéfice :

  • ▸Un mâle dévoré copule plus longtemps qu'un mâle épargné et féconde davantage d'œufs.
  • ▸Une femelle qui a mangé son partenaire refuse plus souvent les mâles suivants.
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    Dans la nature, plus de 80 % des mâles meurent sans avoir trouvé de femelle. Face à une chance aussi mince d'en trouver une seconde, mieux vaut tout miser sur la première.

    DES MÂLES TROUVENT UNE FEMELLE
    MOINS DE 20 %

    Le mâle pèse 1 à 2 % de la femelle et n'aura pas de seconde chance : il saute dans ses crochets, copule plus longtemps et féconde plus d'œufs, selon Andrade

    ▸La mante religieuse (Mantis religiosa) : la copulation désinhibée

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    Le cannibalisme sexuel de la mante religieuse est célèbre, et exagéré : dans la nature, la plupart des mâles repartent vivants. Mais quand il a lieu, son mécanisme est stupéfiant.

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    Lorsque la femelle saisit le mâle entre ses pattes ravisseuses et lui dévore la tête, le corps décapité ne s'effondre pas : il continue de copuler. Les mouvements de l'accouplement sont commandés par un ganglion nerveux de l'abdomen, que la tête freine en temps normal ; le biologiste Kenneth Roeder l'a montré dès 1935. Sans tête, plus de frein : le mâle continue, et la femelle gagne des protéines pour fabriquer l'oothèque qui protégera ses œufs durant l'hiver.

    Mante religieuse (Mantis religiosa) gravée de profil, tête relevée et pattes ravisseuses repliées, dans le Popular Science Monthly de 1890 · domaine public

    Mante religieuse (Mantis religiosa) gravée de profil, tête relevée et pattes ravisseuses repliées, dans le Popular Science Monthly de 1890

    domaine public

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    La Matriphagie :se faire dévorer vivant par ses propres enfants

    Si le sacrifice du père s'observe chez certaines araignées, certaines espèces poussent la dévotion maternelle jusqu'au don d'organe terminal absolu : la matriphagie.

    Stegodyphus lineatus photographiée en Iran · Kian Kaftarbaz, Wikimedia Commons

    Stegodyphus lineatus photographiée en Iran

    Kian Kaftarbaz, Wikimedia Commons

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    Chez l'araignée Stegodyphus lineatus, une araignée de velours du pourtour méditerranéen, la femelle tisse une retraite de soie suspendue dans les buissons épineux pour y pondre son unique sac d'œufs. Dès l'éclosion des petits spiderlings :

  • ▸Durant les deux premières semaines, la mère régurgite un liquide nourricier composé d'un distillat de ses proies et de ses propres fluides digestifs.
  • ▸Ses propres tissus se dégradent en parallèle : son organisme se liquéfie peu à peu de l'intérieur, sans la tuer immédiatement.
  • ▸Lorsque les petits atteignent leur deuxième stade de développement, la mère se fige au-dessus de sa portée. Les petits grimpent sur son corps, le percent et aspirent ce qu'il reste de leur mère.
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    Lorsque le festin s'achève, il ne subsiste de la mère qu'une enveloppe vide. Pour cette araignée qui ne produit qu'une unique portée dans sa vie et ne pourrait pas survivre à une seconde saison, son corps est le dernier capital énergétique mobilisable pour garantir que ses gènes franchissent le goulot d'étranglement de la mortalité juvénile.

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    L'éthologie de l'aberration :nécrophilie et pulsions animales

    L'éthologie a longtemps hésité à documenter les comportements sexuels déroutants chez les animaux, de peur de verser dans l'anthropomorphisme. Pourtant, les relevés de terrain démontrent que les pulsions copulatoires animales, privées de conscience morale, débouchent sur des scènes d'une étrangeté morbide.

    ▸Le canard colvert et la nécrophilie homosexuelle documentée

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    Le 5 juin 1995, à Rotterdam, l'ornithologue néerlandais Kees Moeliker se trouve dans son bureau au musée d'histoire naturelle lorsqu'il entend un choc violent contre la baie vitrée en verre réfléchissant. En sortant, il découvre un canard colvert mâle (Anas platyrhynchos) mort sur le coup après avoir heurté la vitre.

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    À côté de la dépouille se tient un second colvert mâle. Le survivant monte sur le cadavre et s'accouple avec lui. Moeliker observe la scène pendant soixante-quinze minutes d'affilée, avant d'intervenir pour récupérer le corps pour les collections du musée.

    D'ACCOUPLEMENT AVEC UN CADAVRE
    75
    MINUTES

    Le partenaire, mâle aussi, s'était tué contre une vitre du musée de Rotterdam en 1995 ; Moeliker a observé, puis versé le corps aux collections, ce qui lui a valu l'Ig Nobel 2003

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    Cette observation, publiée en 2001 dans Deinsea, la revue du musée d'histoire naturelle de Rotterdam, sous le titre « The first case of homosexual necrophilia in the mallard », a valu à son auteur le prix Ig Nobel de biologie en 2003. Des comportements voisins ont été décrits chez d'autres espèces : des grenouilles et des crapauds s'accouplant avec des femelles mortes, des manchots Adélie observés en 1911-1912 par le médecin George Murray Levick en Antarctique (ses notes, jugées trop crues, ne furent publiées qu'en 2012), ou des otaries à fourrure de l'île Marion, dans l'océan Indien austral, s'accouplant de force avec des manchots royaux, parfois tués et mangés ensuite.

    Manchots Adélie rassemblés sur la banquise côtière du cap Adare, photographiés par George Murray Levick en 1911 ou 1912, pendant l'expédition Terra Nova · NOAA Photo Library, domaine public

    Manchots Adélie rassemblés sur la banquise côtière du cap Adare, photographiés par George Murray Levick en 1911 ou 1912, pendant l'expédition Terra Nova

    NOAA Photo Library, domaine public

    DIN DATA

    Quand la science a regardé la mort animale en face

    Levick
    1911

    1911—Levick

    Au cap Adare en Antarctique George Murray Levick note des accouplements de manchots Adélie avec des cadavres. Ses notes ne seront publiées qu'en 2012

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    Synthèse comparative des stratégies létales dans le monde animal

    Stratégie thanatologiqueEspèce modèleMécanisme adaptatifCoût pour l'individuBénéfice génétique
    Infanticide de coalitionLion d'Afrique (Panthera leo)Mise à mort des jeunes lionceaux à la prise de pouvoirRisque de blessure par les lionnes défendant la portéeRetour rapide des femelles en chaleur (environ un quart des morts de lionceaux)
    Adelphophagie intra-utérineRequin-taureau (Carcharias taurus)Fratricide in utero par le premier embryon dentéTous les embryons sauf deuxNaissance d'un prédateur de près d'un mètre
    Cannibalisme sexuel consentiAraignée à dos rouge (Latrodectus)Saut périlleux vers les crochets de la femelleMort du mâle dévoréCopulation plus longue, plus d'œufs fécondés, femelle moins disponible pour les rivaux
    Décapitation copulatoireMante religieuse (Mantis religiosa)La décapitation lève le frein nerveux de la copulationMort du mâle (pas systématique)Copulation qui continue, apport protéique pour l'oothèque
    Matriphagie terminaleStegodyphus lineatusAutolyse des organes maternels dévorés par les petitsMort de la mèreMeilleure survie des petits, dans une espèce qui ne se reproduit qu'une fois
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    07

    L'amoralité absolue du vivant

    Face à ces scènes d'infanticide, de fratricide intra-utérin et de cannibalisme filial, le réflexe humain spontané est le dégoût ou l'effroi moral. Ce jugement est un non-sens biologique complet. La moralité est une construction culturelle humaine tardive, un pacte social forgé par des primates sociaux dotés d'un cortex préfrontal surdéveloppé pour réguler les violences intragroupes et rendre la coopération possible.

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    Dans la biosphère, le bien et le mal n'existent pas. Il n'y a que des équations de transfert énergétique, des gradients de pression sélective et des fréquences alléliques. Un lionceau broyé par un mâle rival n'est pas une victime tragique : c'est une barrière génétique effacée pour faire place à une autre lignée. Un embryon de requin qui dévore ses frères n'est pas un monstre : c'est une machine biochimique optimisée qui assure la transmission de ses propres gènes.

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    Regarder la mort dans le règne animal sans fard ni romantisme est le plus puissant des antidotes contre l'orgueil humain : cela nous rappelle que sans nos lois, nos hôpitaux et nos remparts éthiques, nous ne serions que des mammifères fragiles, perdus dans un laboratoire planétaire immense dont la seule et unique règle a toujours été la même : dévorer ou être effacé.

    ✦Le mot de la fin

    La nature ne connaît ni pitié ni morale : de l’embryon fratricide du requin au lionceau broyé dans la savane, la mort animale n’est pas une tragédie mais l’algorithme aveugle par lequel la vie réplique ses gènes

  • ▸Packer C., Pusey A. E., « Adaptations of female lions to infanticide by incoming males », The American Naturalist, 1983 (doi:10.1086/284097)
  • ▸Chapman D. D. et al., « The behavioural and genetic mating system of the sand tiger shark, Carcharias taurus, an intrauterine cannibal », Biology Letters, 2013 (PubMed 23637391)
  • ▸Andrade M. C. B., « Sexual selection for male sacrifice in the Australian redback spider », Science, 1996 (doi:10.1126/science.271.5245.70)
  • ▸Moeliker C. W., « The first case of homosexual necrophilia in the mallard Anas platyrhynchos », Deinsea, 2001
  • ▸Russell D. G. D., Sladen W. J. L., Ainley D. G., « Dr. George Murray Levick (1876–1956): unpublished notes on the sexual habits of the Adélie penguin », Polar Record, 2012 (doi:10.1017/S0032247412000216)
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