Volcans : Pompéi, Krakatoa, Tambora — quand la Terre se retourne
†Catastrophes Naturelles
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VolcansPompéi, Krakatoa, Tambora — quand la Terre se retourne

Trois catastrophes, trois temporalités : Pompéi conserve des absences, Krakatoa tue surtout par la mer, Tambora prolonge l'éruption dans les récoltes.Les morts ne se comptent pas de la même façon.

On croit qu'un volcan tue avec sa lave. Les trois plus célèbres ont tué autrement : un nuage brûlant à Pompéi, la mer au Krakatoa, la faim au Tambora. Plus le volcan tue par des chemins détournés, plus les morts sont nombreux, et moins on les regarde.

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Pompéi, la plus petite des trois en victimes retrouvées, a donné au monde son image de la mort volcanique : les fouilles y ont rendu les restes de plus d'un millier de victimes. Le Krakatoa en a tué plus de 36 000 en 1883, le Tambora environ 60 000 en 1815, selon le Smithsonian.

ÉruptionCe que compte le bilanBilanCe qu'il faut savoir
Vésuve, 79victimes retrouvées et contextes archéologiquesplus de 1 000 victimes retrouvées à Pompéice n'est pas le total de l'éruption
Krakatoa, 1883décès, majoritairement dus aux tsunamisplus de 36 000la Royal Society en comptait 36 417 en 1888
Tambora, 1815flux, retombées et famine après destruction des culturesenviron 60 000 selon le GVPles morts du feu et ceux de la faim ne se séparent pas ; d'autres auteurs vont bien au-delà
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Pompéi :ceux qui étaient restés

Au pied du Vésuve, à une dizaine de kilomètres du cratère, Pompéi est en 79 une cité romaine prospère de Campanie. L'éruption tue en deux temps, distingue le Parc archéologique : d'abord une pluie de pierres ponces et de lapilli qui monte jusqu'à trois mètres et fait céder les toits sur ceux qui s'y abritaient — d'eux, il ne reste que des os. Puis dévalent des nuées ardentes, avalanches brûlantes de gaz et de cendre fine. Elles foudroient dans les rues les survivants : par choc thermique instantané à au moins 250 °C selon l'équipe de Giuseppe Mastrolorenzo (2010), ou par asphyxie dans la cendre selon celle de Llorenç Alapont (2023), le débat scientifique restant ouvert.

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Le compte le plus précis date de 2003. L'équipe de G. Luongo, dans le Journal of Volcanology and Geothermal Research, recense 1 150 victimes retrouvées dans les fouilles de Pompéi : 1 044 corps bien reconnaissables, dont 394 dans la pluie de ponces et 650 dans les dépôts des nuées, plus une centaine d'individus identifiés à partir d'os épars. Elle estime que 464 corps sont peut-être encore enfouis dans la partie de la ville qui n'a pas été fouillée.

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Aucun bilan de l'éruption n'existe : on compte des corps retrouvés, et la plupart des habitants avaient quitté la ville. Ce compte s'arrête aux murs de Pompéi.

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Les silhouettes de plâtre qu'on montre aux visiteurs ne sont pas des corps changés en pierre. Depuis 1863, selon la méthode de Giuseppe Fiorelli, on coule du plâtre dans le creux laissé par les chairs décomposées sous la cendre durcie : un moulage est une absence remplie. Dans la Maison du Bracelet d'or, un adulte porte le bijou au bras, un enfant sur les genoux. On y a longtemps vu une mère ; en 2024, l'ADN a révélé un homme sans lien biologique avec l'enfant. Le plâtre n'avait rien promis : le visiteur avait besoin d'une mère.

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Le récit d'époque, lui, est celui d'une lettre. À Misène, Pline l'Ancien commande la flotte. Rectina, épouse de Tascus, lui fait porter un message de détresse ; il fait mettre les galères à l'eau pour secourir, écrit son neveu, « non seulement Rectina, mais beaucoup d'autres ». Il rejoint son ami Pomponianus à Stabies et y meurt, selon Pline le Jeune parce que les fumées épaisses lui ont bloqué la respiration. Quand le jour revient, on retrouve son corps intact, habillé, « plus semblable à un homme endormi qu'à un mort ».

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Pline le Jeune écrit tout cela à l'historien Tacite, qui lui avait demandé le récit de la mort de son oncle.

SUR PLUS D'UN MILLIER DE VICTIMES RETROUVÉES À POMPÉI
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MOULAGES

Seuls les morts de la nuée ont laissé un creux à mouler. 26 moulages passés aux rayons X ou au scanner en 2015 : avant de couler le plâtre, les fouilleurs avaient souvent retiré les os, et ajouté d'autres éléments

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Krakatoa :le bruit a fait l'histoire, la mer a fait le bilan

Sur le Norham Castle, à une soixantaine de kilomètres, le capitaine écrit que plus de la moitié de son équipage a les tympans crevés et qu'il croit le Jugement dernier venu. Il se trompait d'échelle : ce n'était que la fin d'une île. À Rodrigues, à près de cinq mille kilomètres, on a cru entendre « le grondement lointain de canons lourds ».

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En s'effondrant, l'île a soulevé la mer ; les vagues ont noyé, selon la Royal Society, toutes les villes côtières au matin du 27 août. À Telok Betong, à Sumatra, elles ont posé à terre un vapeur du gouvernement, le Berouw. Quand elle a touché les villages, la catastrophe n'avait plus la forme d'un volcan, mais celle d'une vague. Ceux qui meurent sont des riverains de Java et de Sumatra, et même le feu a pris la mer pour venir les chercher.

BRÛLÉS SUR LA CÔTE SUD-EST DE SUMATRA
ENVIRON 2 000 MORTS

des nuées ardentes ont franchi 40 km de mer

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Tambora :la guerre contre une montagne, puis la faim

En avril 1815, Java entend le canon. Une troupe part de Yogyakarta secourir un poste qu'on croit attaqué, des bateaux vont chercher des navires en détresse, selon un récit réuni par le lieutenant-gouverneur Raffles. L'administration coloniale venait de partir en guerre contre une montagne située sur une autre île.

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Sur la péninsule de Sanggar, au nord de Sumbawa, le volcan a tout pris. Le lieutenant Owen Phillips écrit qu'à Pekat « il ne reste aucun vestige de maison ». Il compte au moins douze mille habitants dans les royaumes de Tambora et de Pekat ; cinq ou six personnes seulement ont survécu.

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Puis la cendre a stérilisé les champs. Phillips voit des cadavres au bord des routes et des villages vidés par la faim, qui tue jusqu'à une fille du rajah de Sanggar ; les registres de 1815 ne séparent pas les morts du feu de ceux de la famine.

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À l'été 2004, des fouilles retrouvent sous trois mètres de cendre une maison sur pilotis, deux adultes et du bois carbonisé. Le volcanologue Haraldur Sigurdsson y voit une « Pompéi de l'Est ». Personne n'a jamais appelé Pompéi le Tambora de l'Ouest.

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L'été qui n'est pas venu

L'année suivante, le voile volcanique refroidit une partie du monde : en Europe, famines, typhus et émeutes suivent les récoltes perdues, sans que chaque mort revienne au volcan. Au bord du Léman, une pluie incessante enferme Byron et ses invités, qui écrivent chacun une histoire de fantômes : Mary Shelley en tire Frankenstein.

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L'Europe y a gagné un monstre de roman. Sumbawa avait ses cadavres au bord des routes.

DIN DATA

Trois éruptions et leurs façons de tuer

Vésuve
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79—Vésuve

Le Vésuve ensevelit Pompéi. Les fouilles ont retrouvé les restes de plus de 1 000 victimes

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Ce que les trois volcans disent de nous

Le Vésuve tue dans les rues de la ville. Le Krakatoa tue en une matinée, de l'autre côté d'un détroit. Le Tambora tue pendant des mois, dans les champs, et gâche l'été d'un autre continent. Le cratère donne le signal ; la nuée, la mer et la faim font le compte.

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Naples vit toujours au pied du Vésuve. La Terre se retourne ; ce sont ensuite les hommes qui décident qui vit au pied du cratère, au bord de la mer, ou d'une seule récolte.

L'essentiel en 5 questions-clés